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Home Art & Culture Cinema «Si la situation ne change pas, ce sera la fin du cinéma»

«Si la situation ne change pas, ce sera la fin du cinéma»

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Latif LahlouUn certain nombre de réalisateurs se sont réunis dernièrement pour débattre de la situation inquiétante que traverse la cinématographie marocaine, Latif Lahlou fait le point sur l'ordre du jour de cette réunion. 


  
 Quels sont les points qui étaient à l'ordre du jour de la réunion que vous avez tenue avec vos confrères ?

LATIF LAHLOU : Vous savez, la réalité est dure. Chaque fois que 2 ou 3 réalisateurs se rencontrent et échangent quelques bribes de conversation, la situation catastrophique de notre cinéma prend le pas sur tout. Vous le voyez, chaque jour les salles de cinéma ferment leurs portes et personne n'y trouve rien à redire. Il ne reste plus qu'une cinquantaine de salles à travers tout le pays et des dizaines de villes n'ont plus de salle ( El Jadida, Mohammadia , Kénitra, Ouarzazate , Zagora ,Tiznit et j'en passe ….) En parallèle, chaque jour, une dizaine de points de ventes de CD piratés de films de toutes origines, voit le jour.
Formule originale et innovante pour la création d'emplois ! L'illégalité est encouragée et la piraterie protégée. Drôle de manière de concevoir le développement de la culture dans un pays émergent !
A côté, la production de films est bloquée dans son développement. Au lieu de réfléchir sur les moyens intelligents de trouver de nouveaux guichets de financement et de diffusion, on s'évertue à créer des handicaps. Ce qui était prime non remboursable pour aider les réalisateurs à financer leurs œuvres (fonds d'aide à la production) devient avance sur recette, bloquant tout autre projet tant que cette avance sur recette n'est pas intégralement remboursée ! C'est la dernière innovation du ministère des Finances ! Alors où peut-on aller chercher l'argent pour rembourser sinon au niveau des guichets des salles… Mais il y a de moins en moins de salles, de moins en moins de public. Il ne nous reste plus qu'à nous lamenter.

Quels sont, en gros, les problèmes les plus récurrents sur lesquels vous avez mis le doigt et quelles sont les conclusions auxquelles vous êtes parvenus à l'issue de cette réunion ?

Les problèmes les plus récurrents sont simplement des constats. Il n'y a pas de possibilité de financement de la production cinématographique autre que le fonds
de soutiens et les apports en industrie des réalisateurs producteurs.
Forts de ce constat qui a été à l'origine de la création du fonds d'aides, nous pensons qu'il faut l'actualiser en intégrant la production aux autres branches de la cinématographie : marché intérieur et extérieur, formation professionnelle, création d'un véritable tissu industriel du cinéma, création et formation d'un public actif et exigeant… Ce sont là des mesures modernes bien harmonisées et imbriquées les unes aux autres pour permettre une activité fructueuse de toutes les branches cinématographiques.

Vous dites que vous soutenez l'initiative du ministère de la Communication de faire revivre l'anniversaire du 16 octobre, Journée nationale du cinéma. Comment envisagez-vous la célébration de cette journée ?

Le ministère de la Communication a pris l'initiative de faire revivre la journée nationale du cinéma. Nous avons été conviés à une réunion de préparation de cette manifestation. Nous avons dit sincèrement ce que nous pensons. Nous ne voulons pas faire de cette journée une manifestation officielle d'apparat, applaudir des discours lénifiants, manger des petits gâteaux et merci.
C'est peut-être méchant de dire cela comme ça mais la vérité est dure à entendre et cela va me coûter personnellement des représailles ….mais que faire ? Garder le sourire, baisser le dos et laisser les jours passer ? Dans ce cas, comment et avec quoi va-t-on faire nos prochains films ! Je vous assure que si la situation actuelle reste ce qu'elle est, c'est la fin brutale de l'embryon du cinéma marocain… C'est ça qui inquiète au plus haut point les réalisateurs producteurs que nous sommes.

Mais vous avez également exposé des idées qui ont été assez bien accueillies. Parlez nous-en ?

Voilà brièvement mon point de vue personnel que j'ai développé devant mes camarades et qui a eu leur adhésion, avec certaines réserves. Je pense qu'il faut d'abord procéder à l'éradication totale et définitive de la piraterie dans ce pays. Nous ferons notre proposition, en temps opportun, aux autorités compétentes quand elles auront cette volonté. En second lieu, il faudrait agir pour arrêter l'hémorragie de la fermeture des salles de cinéma. Puisque les propriétaires des salles avancent que leur exploitation est déficitaire, nous proposons de leur racheter les salles à leur prix raisonnable. Nous les rénovons, les modernisons et les donnons en gestion, selon un cahier de charge bien précis à des spécialistes que nous aurons formés pour cela auparavant. D'un autre côté il faut promouvoir une politique de création de nouvelles salles. Les mairies de plus de 40. 000 habitants se doivent de créer leur propre salle multifonctions, dans leur ville et la donner en gestion à des professionnels selon un cahier de charge précis. Par ailleurs, il faut obliger les promoteurs immobiliers à inclure dans leur programme, la construction d'une salle multifonction pour chaque ensemble de construction : ( 1000 appartements = une salle multifonction). Quant aux grandes villes de plus de 200. 000 habitants, l'idée de construire des multiplex à activités multiples nous semble intéressante, vu que dans les grandes agglomérations, cela pourrait constituer un pôle d'attraction culturel. L'exploitation de ces multiplex peut être viable parce que le pouvoir d'achat dans les grandes agglomérations le permet. Nous pensons actuellement proposer la constitution d'un fonds d'investissement pour le développement des productions culturelles en nous inspirant des expériences réussies dans beaucoup de pays. Pour nous il s'agit de trouver des formules bien intégrées à notre environnement économique et culturel pour avoir les chances d'exister, de perdurer et de constituer un réel facteur positif de
développement.

Les réalisateurs producteurs ont retenu, pour la Journée nationale du cinéma, le thème «La refonte du texte régissant le fonds d'aide à la production nationale ». De quelle manière les insuffisances de la réglementation de ce fonds d'aide entravent-elles le développement du secteur ?

Si nous demandons la refonte du texte du fonds d'aide, c'est que nous estimons objectivement que le texte actuel et la manière dont veut l'appliquer le ministère des Finances constitue un détournement du texte original. Les fonctionnaires du ministère des finances exigent aujourd'hui que le remboursement de l'avance sur recette soit intégralement réalisable et selon un calendrier fixé à l'avance.
Voilà notre grande inquiétude. Nous voulons en débattre avec les autorités décisionnaires pour trouver une issue.

Que voulez-vous dire par « rationalisation de la production nationale » ?

Penser l'activité dans son ensemble. C'est bien de pouvoir produire, aujourd'hui, 10 à 12 films par an dont quelques uns reçoivent des prix dans des festivals à l'étranger. Mais ça ne doit pas être une fin en soi. Les réalisateurs/producteurs de ces films n'ont pas encore réglé toutes les factures afférentes à la fabrication des films et nous sommes menacés de poursuite pour non remboursement de la prime.
Comment voulez-vous que l'on puisse encore penser à écrire de nouveaux
films ?

Vous avez un vaste programme pour assurer le développement du secteur du cinéma (refonte des textes de loi, lutte contre la piraterie cinématographique et organisation d'un marché interne indispensable à la viabilité et à la vitalité d'un cinéma national). Avez-vous les moyens de vos ambitions ?

Objectivement, ce que nous avons aujourd'hui, c'est notre esprit critique, nos potentialités créatives, notre sens de la chose publique et notre volonté de servir notre peuple en participant par nos créations à son développement culturel. Nous n'avons ni révolver, ni épée pour aller en guerre contre les moulins à vent. Nous n'avons que nos yeux pour pleurer.

Quand est-ce que vous comptez mettre en application ces recommandations pour qu'elles ne restent pas lettre morte?

La journée nationale du cinéma va être annulée. Nous allons demander une journée d'étude lors du festival national du film. Pour nous, ce n'est pas la meilleure des opportunités mais c'est une manifestation où il y a une concentration de cinéastes, de journalistes et du public intéressé.
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Les recommandations…émises
A commencer par la production, il faut créer plusieurs guichets de financement en réaménageant le texte relatif à l'avance sur recette. Le principe deviendra le suivant : l'avance sur recette est accordée à des projets de films ou des films validés par une commission dont au moins 2 membres doivent être des représentants des associations professionnelles. Le remboursement de cette avance commencerait après l'amortissement complet de l'investissement du producteur (Fabrication du produit, promotion et commercialisation). Nous pouvons créer plusieurs mécanismes de remboursement des avances sur recettes pour créer l'effet de boule de neige dans la production, à savoir pousser les chaînes publiques de TV à respecter les cahiers de charges en coproduisant des films cinématographiques.

C'est une source de financement importante et indispensable. On pourrait également inciter les municipalités et les communes rurales à consacrer une partie de leurs budgets culturels à la production de films qui se tournent sur leur territoire. Cela poussera les réalisateurs et producteurs à diversifier les lieux de tournage de leurs films et aux localités de faire la promotion de leur province.
Il faudra aussi associer les circuits de distribution et d'exploitation au montage financier des producteurs en payant d'avance des à valoir. Sans oublier la nécessité de mettre au point un système efficient de promotion en associant les chaînes de TV, la presse écrite …. Ce que je vous dis ici est appliqué dans tous les pays qui défendent leur cinéma national. 
    
   
    
 



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