Y'a-t-il un âge pour aimer? Ou plutôt y a-t-il une limite d'âge à ne pas dépasser en amour ? Ces interrogations qui ne paraissent pas si évidentes que ça, sont au centre du film allemand «Septième ciel» de Andreas Dresen, projeté dans le cadre de la semaine du film européen.
Touchante et un tantinet dérangeante, l'œuvre s'arrête sur la notion de l'amour chez les seniors. Entendez par amour, des rapports qui dépassent le cadre spirituel et émotionnel pour atteindre celui charnel. Et c'est là où réside le caractère dérangeant de la chose. Il fallait oser briser le tabou !
Jusque là, la thématique de la vieillesse a toujours été rimée avec décrépitude, décadence et fin de parcours. Quand ils ne sont pas mélodramatiques, tragiques à outrance, voire pathétiques, les films autour de cet âge, sont bourrés de clichés et suscitent généralement empathie et pitié envers ces personnes mises au ban de la société. Les réalisateurs qui se sont interdits une vision sombre de cette tranche d'âge, ont rarement mis toute la lumière sur les rapports physiques qu'entretiennent les vieux quand il s'agit de relations amoureuses. Pudeur, retenue, ou peur de choquer ?
Probablement toutes ces raisons à la fois ont résigné les cinéastes à rester très suggestifs pour ne pas briser les tabous et choquer les spectateurs. Bafouer l'âge de la sagesse frôlerait le blasphème. Loin d'être dupe sur ce principe, le réalisateur, Andreas Dresen ne cherchait pas à provoquer en réalisant un film où les héros, d'un certain âge, montraient des parties de leur corps marqués par le passage du temps. «Septième ciel » raconte, en fait l'histoire d'un homme et d'une femme qui tombent amoureux l'un de l'autre. Jusque là tout est normal. Ce qui est singulier dans cette histoire c'est que elle (Inge) a dépassé les 60 ans et lui (Karl), a atteint les 76 berges. Du haut de son âge de sagesse Inge eut le coup de foudre pour ce septuagénaire alors qu'elle est mariée et mère d'une fille. Du coup, elle retrouve ses premiers battements de cœur et des émotions qu'elle ne pensait plus pouvoir ressentir. Et le feu rejaillit du vieux volcan qu'elle croyait éteint à jamais. Faisant fi des liens sacrés du mariage, Inge choisit de vivre sa vie et de jouir pleinement de son idylle, allant jusqu'à sacrifier le bonheur de mari.
Mais sur son chemin vers la béatitude, elle doit faire face à elle-même, à ses remords et à un sentiment de culpabilité qui la taraudent. Elle doit également, ignorer le regard de la société et celui de son entourage familial.
Une lutte d'autant plus dure qu'elle n'a pas l'habitude de vivre dangereusement.
En fait, cette femme ordinaire a toujours vécu dans le respect des valeurs sociales. Rien ne la prédestinait à ce genre d'expérience. Mais une fois qu'elle en goûte la saveur, elle refuse de lâcher prise. C'est donc de fruit défendu qu'il s'agit. Une relation adultère très singulière que le réalisateur met en scène sans tomber dans le scandaleux. Ni vulgaire ni choquante, l'intimité du couple est filmée avec beaucoup de tact.
Elle est empreinte d'humour et d'autodérision. Karl et Inge ne se font pas d'illusion sur leur âge et sont conscients de leurs limites. En l'on devine le dessein d'Andreas Dresen à nous convaincre d'accepter cette relation peu commune chez les personnes de cet âge. Les héros l'ont largement aidé dans cette besogne. Ils sont tout simplement excellents. En s'attaquant à un sujet des plus délicats, Andreas Dresen a signé une œuvre d'une réalité poignante, d'un romantisme sans faille et d'une poésie touchante. Il faut avouer que faire mijoter tous ces ingrédients dans une même marmite n'est pas une mince affaire.
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Un certain regard
Wolke 9 (7 e ciel) a obtenu le Prix Coup de Cœur du Jury au 61e Festival de Cannes dans la catégorie « Un Certain Regard ». A sa projection, le film eut bonne presse. Parlant de l'accueil du film, Ursula Werner avait déclaré: "C'est quelque chose de formidable pour moi d'avoir eu l'occasion de jouer un rôle qui touche véritablement les cœurs, mais aussi les esprits.
Les réactions l'ont bien montré lors de la projection ici à Cannes. Les femmes et les hommes sont vraiment prêts à saisir cette réalité, et ce film a été applaudi.
Je pense que c'est parce que c'est là un vrai problème du quotidien. Un problème que nous avons soulevé et qui a touché les gens. Concernant l'originalité du thème abordé par le film, le réalisateur lui, avait affirmé : "Je voulais aussi montrer que les gens âgés normaux sortent ensemble, font l'amour, se touchent, et n'ont pas de timidité à montrer leurs corps; qui ne sont plus des corps jeunes mais qui à leur manière sont aussi de beaux corps". A travers ce film, Andreas Dresen voulait glorifier la vieillesse. « Nos corps deviennent peut-être vieux, mais pas nos âmes », soulignait-il dans une interview accordée à un journal français.
Par Kenza ALAOUI | LE MATIN
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