Déjà que les enfants, le boulot, le surmenage, font de notre vie sexuelle un challenge perpétuel, voilà que cette année, la rentrée rime avec Ramadan ! Cependant, pas question de renoncer au plaisir des sens sans combattre : l’abstinence ne passera pas par nous…
Quelques années de mariage, 2 charmants bambins et un boulot passionnant mais stressant ont eu raison du désir passionné qui enflammait Imane lorsqu’elle a rencontré Tarek. “Cela c’est fait insidieusement au début. On faisait l’amour moins souvent.
Et depuis la naissance du petit dernier, il y a 9 mois, plus rien. Je n’ai pas le temps, je suis éreintée… et on ne peut pas dire que mon mari fasse beaucoup d’efforts.” Scénario classique. En effet, il est normal, selon les psychologues, qu’avec le temps, la fréquence des rapports amoureux dans un couple diminue. Normal encore qu’il y ait des périodes plus ou moins fastes, en cas de soucis, de surmenage, ou après la naissance d’un enfant.
Ou par exemple, pendant le mois de Ramadan, quand le temps nous est compté, alors que nos nuits trop courtes sont consacrées à reprendre des forces pour affronter les trop longues journées de jeûne. Aussi, il ne faut surtout pas céder à la panique ou à la culpabilité, deux adversaires sournois de notre libido.
Pourtant, l’absence de relations sexuelles dans le couple est un sujet qui revient très souvent dans les forums sur Internet, ou dans les conversations entre copines mariées. Avec, toujours, cette inquiétude : “C’est grave ?” Une question généralement suivie par d’autres du style “Est-ce que cela signifie la fin de mon couple ?” ou encore, “Comment faire pour retrouver l’envie de faire l’amour ?”, etc.
Préoccupations bien de notre époque, puisqu’il y a quelques générations, la sexualité, et surtout le plaisir, étaient jugés secondaires dans un couple. Alors que maintenant, influencés par la littérature, les films, les médias, nous avons tendance à lui donner beaucoup plus d’importance.
Mais il faut dédramatiser. Une sexualité active n’est pas la condition sine qua none d’un couple heureux et amoureux. Il existe bien d’autres manières de partager des moments privilégiés, de partager du plaisir : à la condition que les deux partenaires soient sur la même longueur d’ondes, évidemment ! Pourquoi culpabiliser, donc, si on est heureux, épanouis émotionnellement et affectivement ?
De même, lorsqu’on vit une traversée du désert sexuelle après la naissance d’un enfant, comme Imane, il n’y a pas de quoi s’inquiéter outre mesure. Dans une relation au long cours, il est normal de passer par des phases d’abstinence plus ou moins longues, qui ne mettent en danger le couple que si l’un des partenaires (ou les deux) se sent frustré, ce qui peut engendrer l’infidélité, voire la séparation.
Attention, la solution n’est pas de se “forcer” à faire l’amour afin de garder son mari à la maison ! D’abord, parce qu’on est ni dans les années 50, ni dans un harem, et ensuite parce qu’en matière de sexe, il ne faut jamais, au grand jamais se forcer (sauf si c’est un fantasme, mais là, on s’égare un peu). Par contre, pour retrouver une sexualité épanouie, chacun doit y mettre un peu du sien, Monsieur comme Madame.
Le mot d’ordre est donc : pratiquer. Ne pas laisser l’abstinence s’installer trop longtemps. Si l’on ne doit pas faire l’amour quand on n’en a pas envie, il est également vain d’attendre de ressentir un désir pareil à celui qui nous chamboulait dans les premiers temps de notre relation.
Et la prochaine fois que l’on est tentée, même vaguement, même à peine, par les bras musclés (ou non) de Habibi : surtout ne pas céder à la flemme, ne pas céder à la tentation facile de l’oreiller (aussi moelleux que traître). C’est incroyable comme il en faut peu pour relancer la machine grippée du désir. Une après-midi crapuleuse laisse parfois une impression telle qu’on en sort tout émoustillée, et notre libido réactivée pour un bon moment.
En effet, on dit que l’appétit vient en mangeant, et bien il semblerait qu’il en aille de même avec le désir ! Ainsi, au lieu d’espérer un miracle sous la forme d’une semaine aux Bahamas tous frais payés sans les enfants, ou encore d’un retour de passion soudain et inexpliqué, il faudrait provoquer le désir, le choyer, lui garder une place dans nos emplois du temps chargés.
Partir en week-end, aller au restaurant en amoureux, se faire des petits cadeaux… Les couples - amants, qui ont su préserver une sexualité épanouie, le savent bien : si les ennemis jurés de la libido sont l’habitude et la promiscuité, c’est la paresse et le laisser-aller qui lui portent le coup de grâce.
Pour Soumya, mariée depuis 15 ans, l’usure du désir est loin d’être inéluctable, à condition “d’essayer de recréer un climat excitant, et de savoir se (re)motiver de temps à autre”. De plus, s’il est normal de traverser des périodes moins folichonnes sexuellement, ne pas sombrer dans l’abstinence permet de préserver un lien intime avec notre moitié, même si sur d’autres plans, on est moins proches qu’avant.
Mais l’abstinence peut aussi être le symptôme d’un problème plus profond. Il peut être sexuel, et dans ce cas, les circonstances extérieures ne sont, pour le Docteur Amal Chabach, qu’une excuse commode servie sur un plateau d’argent par le Ramadan, le stress ou la fatigue.
Il est également évident que le désir de se donner à l’autre ne peut résister aux conflits répétés, au ressentiment installé dans un couple… Si l’on se sent dévalorisée, pas désirée, il est vain de faire des efforts, de tenter de se “motiver”, rien ne réveillera une libido en berne pour de bonnes raisons.
Alors que dans une relation affective harmonieuse, quand on est dans la confiance, que l’on se sait aimée et respectée, rien n’empêche la renaissance et le développement d’une sexualité épanouie, créative et imaginative. Il s’agit de communiquer, bien sûr, et de pra-ti-quer. Encore et encore. Après tout, c’est en forgeant qu’on devient forgeron !
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