Les femmes aussi sont infidèles. Et oui, c’est un fait. Qu’on oublie très souvent au sein de notre société, mais qui existe depuis toujours, et ne surprend même plus, parfois. La question est de savoir pourquoi. Amour, solitude, vengeance, quelles sont les raisons qui poussent les femmes mariées à commettre l’adultère ? Et à quel prix ?
Quatre heures de l’après-midi. Malika s’apprête à entrer dans un immeuble luxueux. Elle est accompagnée. Par son amant. Malika est mariée, mère de deux enfants. Au vu du monde, son couple fonctionne. Pourtant, elle trompe son mari. Pourquoi ? Malika n’est pas la seule dans ce cas.
Nombreuses sont les femmes qui choisissent de sauter ce pas-là, pour des raisons qui leurs appartiennent, allant de la frustration, le manque de désir et de communication, la routine étouffante à la recherche du plaisir ou de l’amour tout simplement. Mais certaines causes sont indémodables, récurrentes… Et vieilles comme le monde. Tout d’abord, il y’a l’absence. Un mari jamais là. Ou si peu. Toujours dehors, en voyage, en déplacement, peu importe.
La solitude est là. Soraya, 30 ans, l’a vécu. Et à sa manière, elle y a remédié : “Je suis mariée à un étranger qui est très souvent absent. Certes, on s’est mariés par amour. Mais les années ont passé et il n’est jamais là, toujours en voyage. J’ai eu ma première aventure deux ans après mon mariage. Je n’en pouvais plus des absences de mon mari.
Je suis restée avec cet homme durant deux ans. D’un commun accord, nous avions décidé de garder le secret. Il était lui-même marié. Après, tout s’est enchaîné. Notre passion parvenue à sa limite, nous nous sommes séparés. Et je continue à avoir des aventures. Je comble le vide, le besoin. Il n’y a et il n’y aura jamais rien de sérieux. J’ai deux enfants en bas âge. Et j’aime m’amuser.
Je sais que cela ne se fait pas. Mon mari est gentil et me donne tout ce dont j’ai envie. Mais j’ai d’autres besoins et je crois que je suis tout simplement à la recherche du plaisir physique. Et que je veux vivre ma vie, à tout prix. N’en ai-je pas le droit ? Après tout, beaucoup de mes amies font pareil. Et tout le monde y trouve son compte.”
En complément de l’absence, il y a aussi l’indifférence. Souvent palpable, et qui mine un couple, quelle que soit sa force. Malika, 45 ans, le sait bien. Selon elle, son mariage est un canular. Ayant suffisamment souffert de l’indifférence de son mari, elle a décidé d’en prendre son parti et de trouver du réconfort dans les bras des maris de ses amies. Effrayant ? Choquant ? D’après elle, pas vraiment : “Je me suis mariée jeune, à l’âge de 16 ans, pour ensuite divorcer 4 ans après.
Ce fut une période très difficile. J’ai ensuite épousé un autre homme. Je savais qu’il était intéressé par mon argent car lui-même n’en avait pas beaucoup. Mais il avait fait des études et me promettait monts et merveilles. J’ai cru en son amour et nous nous sommes mariés. Notre vie est très vite devenue un cauchemar.
Il a immédiatement changé, sortait tout les soirs et me trompait à droite et à gauche. On se disputait très souvent. Etant tombée enceinte très vite, je n’ai pu me résoudre à détruire mon foyer. Et c’est ainsi que tout a commencé. Ma première aventure, je l’ai eu à la suite des conflits avec mon mari, une fois que j’avais atteint le fond. Je suis allée me faire réconforter par une amie. J’étais déprimée, malheureuse, dégoûtée. Et je me suis retrouvée avec son mari. Cela a duré deux ans.
Nous savions que c’était une erreur mais je me sentais seule et lui aussi. Mon amie a bien sûr fini par le découvrir. Le scandale. Nous nous sommes séparés et mon mari n’en a rien su (ou tout du moins, je le pense). Mais je ne me suis pas arrêtée là. J’ai continué et j’ai encore entretenu une relation avec le mari d’une de mes clientes.
C’est un cercle vicieux. Dont je suis prisonnière. Aujourd’hui, j’ai deux enfants, pré adolescents. Et une vie rythmée par mes aventures extra conjugales. Je ne me sens pas coupable, juste triste d’en être arrivée là. Je l’assume d’ailleurs très bien. Mon mariage n’en est pas un et moi, j’existe. Mon mari sait que je le trompe. Je le sais même s’il ne dit rien. Et il me trompe aussi. C’est comme un arrangement, fait dans l’indifférence la plus totale. Nous ne restons ensemble que pour les enfants. C’est malheureux mais c’est ainsi. Je ne sais pas si j’arrêterai un jour, ou si je demanderai le divorce. On verra bien.”
Et l’amour dans tout cela, serait-il possible de tromper son mari pour le vivre, rien qu’une fois ? Ce sont des choses qui arrivent. L’histoire de Boutaina, 50 ans, est là pour le confirmer. Victime d’un mariage de convenances, solide, elle est pourtant tombée amoureuse à l’âge de 45 ans. Et a vécu une histoire qui a duré cinq ans : “Je suis mariée depuis 25 ans. Toute une vie.
Un mariage arrangé. J’ai 3 enfants. J’ai toujours pensé être heureuse. Avoir ce qu’il fallait. Mais les années ont filé. Et mon mariage est devenu ce que sont la plupart des mariages : une comédie. Je m’en suis contentée pendant très longtemps. Jusqu’à il y a 10 ans. Et c’est là où je me suis engagée dans une relation adultère. Presque sans le faire exprès. J’étais seule, malheureuse et je ne recherchais qu’une chose : me sentir revivre.
C’est ainsi que j’ai rencontré l’amour. Le vrai. Je ne savais plus ni qui j’étais ni ce que je faisais. Je l’aimais, il m’aimait et c’était le plus important. Il était marié aussi et père. Tant pis. Cela a duré cinq ans. Cinq merveilleuses années. Nous nous sommes séparés car cela devenait trop difficile. Mon mari a eu des doutes. Ma famille aussi. Mais ils n’ont jamais eu de confirmation. Et je ne pouvais pas détruire ce que j’avais eu tant de mal à construire : mes enfants, mon quotidien. J’ai eu la chance que l’affaire s’étouffe très vite, manque de preuve.
Chance que beaucoup n’ont pas. Mon mari a réappris à me faire confiance, n’ayant jamais pu s’assurer de mon infidélité. Et j’ai relégué cette aventure au fond de ma mémoire. Un moment de folie, un égarement qui a duré cinq ans. Et que je ne regrette pas une seule seconde, même si je sais que je ne le referais pas. Toute femme a besoin de connaître l’amour au moins une fois dans sa vie. C’est ce que je me dis. Depuis mon aventure, je n’ai plus jamais trompé mon mari. Cela n’aurait pas de sens. Ce n’est que de la souffrance et une énorme culpabilité. Je suis donc retournée à ma petite vie et à mes souvenirs. Qui me suffisent.”
Cependant, tout est loin d’être aussi simple. Et sans conséquences directes. Car tromper son conjoint est toujours très grave. C’est une trahison qui même dans la loi, demeure un crime passible d’être puni. Et dans le cadre juridique, ni amour, ni frustration, ni absence ne le justifie réellement. En effet, selon Michèle Zirari, professeur de droit pénal à la Faculté de Rabat, “l’adultère est sanctionné par l’article 491 du code pénal d’un à deux ans d’emprisonnement.
Toutefois, en ce qui concerne cette infraction, le code prévoit que “la poursuite ne peut être exercée que sur plainte du conjoint offensé". Le procès est donc laissé à l’appréciation de l’époux ou de l’épouse qui peut choisir de pardonner ou d’envoyer son conjoint ou sa conjointe en prison.” La décision appartient donc aux concernés.
Mais qu’en est-il du flagrant délit et de ses conséquences ? Et bien, en règle générale, dans les théâtres de rues, le mari, horrifié, trahi, et fait cocu, est en droit de tuer sa femme s’il la surprenait avec son amant. C’était aussi le cas au Maroc où l’article 418 du code pénal prévoyait : “Le meurtre, les blessures et les coups sont excusables s’ils sont commis par l’époux sur son épouse ainsi que sur le complice à l’instant où il les surprend en flagrant délit d’adultère”. Jusqu’à ce qu’il soit modifié en 2003. Depuis la réforme du code maintenant, la femme est aussi en droit de lapider son époux si elle le découvrait dans les bras d’une autre. Est-ce cela être à égalité ? Comme quoi, quand on demande la parité, il faut parfois s’attendre à certains excès… illogiques !
Mais ce n’est pas tout. Il y a encore quelques années, en cas d’adultère et d’absence de l’époux victime, le Ministère public était habilité à intervenir. Toujours selon Michèle Zirari, “l’article 491, 2è alinéa prévoyait que “lorsque le mari est éloigné du territoire du Royaume, la femme qui, de notoriété publique, entretient des relations adultères, peut être poursuivie d’office à la diligence du ministère public.” Mais ici aussi, il y a eu reformulation.
Aujourd’hui, en jargon juridique, cela donne : “Toutefois lorsqu’un des époux est éloigné du territoire du Royaume, l’autre époux qui de notoriété publique entretient des relations adultères, peut être poursuivi d’office à la diligence du ministère public” (article 491 du code pénal).”
Après tout, une parité valant bien une autre, tout est affaire de nuances…
Quoi qu’il en soit, dans le pénal, ou dans la vraie vie, le phénomène infidèle est récurrent, et universel. Et découle sans doute des transformations profondes que subit notre société : l’ère du tout est possible, de la consommation excessive et donc de la frustration extrême. De nos jours, et même au Maroc, le Moi et son épanouissement prennent de plus en plus d’importance. L’espérance de vie se rallonge et il devient difficile de se conforter dans le schéma classique de plus en plus longtemps.
Néanmoins, les traditions restent, et le tabou aussi ; tromper sa femme, ce n’est pas normal mais cela reste… compréhensible. Tromper son mari est encore plus grave, plus déplorable même, aux yeux de certains. Mais quel que soit l’erreur, sa réponse n’est pas dans un jugement. Ni dans un manque précis.
Tout est lié, imbriqué : de l’histoire personnelle de tout un chacun à la folie d’un soir, il est difficile d’être toujours à l’abri. Ou de décider de quitter son conjoint au lieu de s’engager dans une relation adultère. Car après tout, ces femmes-là, infidèles, ont peut-être choisi de l'être, dans un sursaut d'égoïsme, un acte de vie et de foi. Une manière d'exister et de se manifester, mais sans réelles justifications ni excuses. Seulement quelques explications, que personne n’est obligé d’accepter, mais que l’on peut tenter de comprendre. Et sans en référer au Ministère public.
| < Préc | Suivant > |
|---|
























