Ils préfèrent les jeux vidéo, le chat sur Internet. On aimerait bien les faire lire, mais on ne sait pas trop comment s’y prendre. Voici quelques clés qui ouvrent la porte d’un trésor nommé lecture…
Lecture, un mot qui soulève un tollé, surtout chez les parents. Jaillissent alors sur leurs lèvres toute une liste de récriminations concernant leurs enfants respectifs et leurs rapports peu amicaux avec les livres : “Ils détestent lire”, “Leur mettre un imprimé entre les mains relèverait des douze travaux de Hercule”, “Et l’école n’aide en rien. Les programmes sont mal foutus.
Les professeurs mal formés, c’est à peine s’ils sont capables d’apprendre à lire aux gosses”, “Nos enfants, nos jeunes ne lisent ni en arabe, ni en français. Oualou. Nada. C’est des ninilingues qu’on forme aujourd’hui”… Naïma Rafik, responsable pédagogique, avec plusieurs années d’enseignement au compteur, commente : “Les enfants ne lisent plus. Ce qui laisse entendre qu’hier, ils lisaient. J’aimerais préciser à ce sujet : à l’encontre de l’école, on peut formuler toutes sortes de critiques, parfaitement recevables et polémiquer longuement sur la faillite de notre système d’enseignement.
Concernant, en particulier, l’apprentissage de la lecture, et le déclin de la lecture comme valeur récréative sûre, les professeurs aujourd’hui, ne sont ni plus ni moins coupables que leurs collègues d’hier ou de jadis, pour la simple et bonne raison que les instituteurs ne détiennent pas l’exclusivité de l’apprentissage de la lecture. Aucun instituteur n’a jamais, seul - par son propre et seul mérite, moyennant des méthodes de lecture dernier cri, aussi révolutionnaires que possible - appris à lire à qui que ce soit.
Cela ne veut nullement dire que le rôle de l’instituteur est inutile : regrouper les enfants, les sociabiliser, les amener sur le chemin de la locution, tout cela est précieux et nécessaire à l’apprentissage de la lecture. Un enseignant peut donc favoriser ou contrarier cet apprentissage, mais n’en est jamais le maître.”
Il faut donc assimiler une fois pour toutes que la lecture n’est pas l’affaire exclusive de l’école. Si les enfants ne lisent plus, la faute n’incombe pas à l’école seule. La famille a son mot à dire, car avant d’aborder la lecture l’enfant a besoin de savoir parler. Il s’imprègne du langage de ses proches, il essaie de les imiter. Grâce au langage, il trouve peu à peu les mots pour se raconter, se situer, se représenter. Ces acquisitions préalables seront à la base des repérages qu’il utilisera dans la lecture. Donc, au départ de la lecture, il y a le cocon familial ! Avoir un vocabulaire riche aide à pénétrer le monde merveilleux de la lecture.
Pas facile de lire !
La lecture, c’est tout un monde, mais c’est d’abord un processus neuro-psychologique complexe. Pendant la lecture, un double travail s’opère : déchiffrer et trouver le sens. Pour y arriver, il faut enclencher toute une série de gestes mentaux successifs ou simultanés : il faut porter attention au texte, garder en mémoire les lettres et syllabes pour en faire des mots et des phrases, exercer la réflexion en d’innombrables va-et-vient entre ce qu’on perçoit des textes et les acquis déjà emmagasinés. De tout cela jaillira la compréhension !
Madame Bouziane, orthophoniste, explique : “Dans l’état actuel de la recherche, on ne sait pas comment un enfant apprend à lire. Il n’y a donc pas de méthode “idéale” d’apprentissage de la lecture. Et à mon sens, la guerre entre les tenants des méthodes syllabiques ou globales, est passablement vaine. L’enfant apprend en grande partie à lire seul, tout comme il apprend à parler seul, par nécessité de communication avec son environnement.”
Et le mot clé est lâché ! Communication ! Repris par de nombreux professeurs qui réfutent l’idée selon laquelle les enfants ne lisent plus. Ils lisent autrement car les outils de communication de leur époque sont autres. M. Mourabith, professeur, éclaire notre lanterne à ce sujet : “Hier, les moyens audiovisuels ne sont pas ce qu’ils sont aujourd’hui.
Loin de me plaindre que les jeunes aujourd’hui n’aiment plus lire, voire ne savent plus lire, je serais plutôt tenté de m’émerveiller qu’ils sachent encore lire malgré les jeux vidéo, les MP3, les I Pod et cie, la télé, les clips, bref l’énorme fourre-tout disponible et téléchargeable via Internet ! Les jeunes ont ainsi largement de quoi communiquer avec leurs pairs sans passer par l’écrit standard perçu comme sacré par les institutions, l’école à leur tête.”
Emotion, es-tu là ?
Donc, les jeunes communiquent allègrement, sans forcément passer par l’écrit. Les moyens de communication mis à leur disposition jouent sur la fibre “plaisir et émotion”. Quand un enfant s’adonne à un loisir quelconque, il privilégie l’émotion et s’en laisse submerger. Quand il s’agit d’images, l’émotion est là, immédiate. Quand ce loisir a pour nom lecture, cette submersion (par l’émotion) va jusqu’à bloquer le sens du récit chez certains, nous expliquent les spécialistes. Ils se contentent alors de cette lecture passive.
D’autres dépassent la phase passive et pratiquent une lecture active en posant des questions au texte. La vraie lecture mêle plaisir de l’émotion qui laisse vagabonder l’imaginaire et intérêt pour un travail rigoureux sur le contenu. Pour que les enfants adhèrent à la lecture, il faut un accompagnement éclairé qui ne dénigre pas l’émotion et ne la sacrifie point sur l’autel du savoir : grammaire, vocabulaire, conjugaison…
Alain Bentolila, célèbre linguiste qui a beaucoup travaillé sur les causes de l’échec scolaire explique : “Lire, c’est mettre ses pas dans les pas d’un auteur et de ses personnages. C’est relier ce qu’il y a de plus intime en soi avec ce qu’il y a d’intime chez d’autres. Pour l’enfant, la lecture est une rencontre avec l’inconnu des êtres, des choses, des paysages, des situations. Par les côtés vivants du texte, l’enfant établit un lien entre une pensée ouverte sur l’imaginaire où le moi peut dire ce qu’il ressent et une pensée de type scolaire ouverte sur la connaissance qui requiert objectivité et précision. Les bons enseignants le savent : l’accès à la lecture - et donc au savoir - dépend de la cohabitation de ces deux directions de la pensée.”
On ne prête souvent pas attention au fait que si les enfants ne lisent pas, c’est qu’ils n’y prennent pas plaisir ! On, c’est le système, l’école, les profs, les parents… Ce n’est donc pas la faute à la télé, aux écrans, aux jeux vidéo. La preuve : des enfants lecteurs qui écoutent la musique, regardent la télévision, chattent et s’adonnent aux jeux vidéo, il en existe ! Pas des masses, mais des spécimens. Des spécimens qui ont trouvé la place pour les livres à côté d’autres réjouissances de leur époque.
Des spécimens qui sont tombés dans la marmite, petits. Des spécimens qui trouvent… des livres à lire à la maison, tout bêtement. Les parents ne doivent pas compter sur l’école, même quand elle est dotée d’un superbe CDI pour initier leurs rejetons à la lecture. Car les bibliothèques des écoles ne regorgent pas forcément de titres qui interpellent et qui tiennent leurs promesses. Et les bibliothèques des écoles ne sont pas forcément tenues par des professeurs formés à la littérature jeunesse…
Aux parents donc de trouver les moyens de dépasser le stade de la lecture obligatoire pour accéder au stade de la lecture plaisir qui ouvre grand, portes et fenêtres, sur l’émotion.
Nos remerciements pour tous les parents et tous les pédagogues qui ont bien voulu partager avec nous leurs trucs et astuces pour initier les enfants à la lecture plaisir…
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