En quelques jours, la finance mondiale a totalement changé de visage, les Etats-Unis jetant aux orties leur sacro-saint libéralisme et les Bourses mondiales passant des tréfonds du désespoir à l'euphorie, peut-être de courte durée.
Cette révolution a commencé le 7 septembre avec l'annonce par le gouvernement américain de la mise sous tutelle des géants du crédit hypothécaire Freddie Mac et Fannie Mae, accablés par leurs "subprime" dévalués. Pour 200 MM$, Washington nationalise de facto les deux groupes pour éviter leur faillite et un effet domino qui aurait entraîné les marchés mondiaux. Ce qui apparaissait déjà comme un coup de tonnerre n'était qu'un coup de semonce. Le 8, la banque d'affaires américaine Lehman Brothers promet sous dix jours des "initiatives stratégiques" pour rassurer des marchés inquiets de sa solvabilité. En fait d'initiatives, c'est son dépôt de bilan qu'elle annonce le 15 septembre. Cette fois-ci, les autorités américaines ne lèvent pas le petit doigt pour sauver la plus petite des cinq banques d'affaires de Wall Street.
Sa concurrente Merrill Lynch se précipite le même jour dans les bras de la banque commerciale Bank of America pour éviter le même sort. Ce même 15 septembre, les banques centrales inondent le marché de liquidités pour que les banques commerciales puissent continuer de fonctionner. Mais cela ne suffit pas à empêcher la déroute des places boursières. Après Lehman Brothers, elles craignent l'assureur AIG qui est à son tour au bord de la faillite. Mais AIG est "too big to fail" avec ses ramifications dans le monde entier et ses 1.000 milliards de dollars d'actifs. Ce n'est rien moins que la banque centrale américaine, la Fed, qui monte au créneau le 16 septembre en apportant au groupe 85 milliards de dollars. La facture est édifiante au pays du libéralisme: l'Etat américain devient actionnaire à hauteur de 79,9% de ce groupe privé qui est donc purement et simplement nationalisé.
Même le candidat républicain à la présidentielle de novembr McCain ne s'y retrouve plus: hostile la veille au sauvetage, il s'y rallie le lendemain: "Concernant le sauvetage lui-même, je ne voulais pas faire ça. (...) Mais il y avait littéralement des millions de personnes dont les retraites, investissements et assurances étaient en péril (...). Leurs vies allaient être détruites à cause de la cupidité, des excès et de la corruption", s'attriste le candidat du parti qui s'est toujours fait le chantre du libéralisme pur et dur. Il oublie dans sa liste les marchés financiers mondiaux qui voyaient le spectre de 1929 fondre sur eux: le sauvetage d'AIG les calme mais ne les rassure pas. Le mercredi 17, ils connaissent une nouvelle déroute, paniqués par le sort des banques britannique HBOS et américaine Morgan Stanley.
Tous les marchés plongent. A Moscou, la bourse doit même fermer. Le jeudi 18,une nouvelle opération orchestrée par la Fed apportant 180 milliards de dollars de liquidités supplémentaires n'a guère d'effet. Tous les regards se tournent vers le président américain Bush, le président de la Fed Ben Bernanke et le secrétaire au Trésor Henry Paulson enfermés à la Maison-Blanche. Ils travaillent sur un "plan Marshall" pour le système financier. L'administration américaine met 700 MM$ sur
la table. Les places financières n'attendent pas d'en savoir plus pour s'accrocher à cette planche de salut. Toutes s'envolent vendredi, trop heureuses de pouvoir penser que le cauchemar est fini.
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L'Asie pas assez puissante
La tempête qui a secoué la planète finance a eu un impact limité en Chine et en Inde, cependant les deux puissances asiatiques n'ont pas encore les moyens de devenir les moteurs d'une reprise mondiale, estiment les analystes. "Les Etats-Unis restent la plus grande économie. Si elle a des problèmes, elle entraîne le reste du monde", estime Sherman Chan, un analyste de Moody's Economy.com, basée à Sydney. "Je ne crois pas que l'Inde et la Chine seront maintenant en mesure de sauver le reste du monde", dit-elle. En Asie même, certains experts restent prudents. "C'est le genre d'événement qu'on ne voit qu'une fois par siècle, un événement sismique, nous ne savons pas encore quelles seront les répercussions", juge Amitabh Chakraborty, analyste pour Religare Securities à New Delhi. "L'Inde n'est sûrement pas encore en position de compenser ce genre de problèmes mondiaux", dit-il.
Cependant, même si les deux géants asiatiques n'ont pas les moyens de changer le cours d'événements partis à des milliers de km de chez eux, l'impact sur leurs économies est assez limité. La croissance, qui fait grise mine dans les économies développées, reste forte en Chine, avec plus de 10% au deuxième trimestre. "Les économies émergentes comme la Chine ne sont pas encore complètement découplées des Etats-Unis. Mais elles sont vraiment plus en mesure d'apaiser la crise financière américaine par une bonne croissance interne", explique Li Wei, économiste de Standard Chartered à Shanghai. "Le principal impact de la tempête financière se portera sur le niveau de prise de risque acceptée et l'afflux de capitaux vers les marchés émergents, dont l'Inde", dit de son côté Rajiv Malik, analyste de Macquarie Securities basé à Singapour.
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