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Agressions sexuelles sur les enfants : Garçons et fillettes sont touchés

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Le dernier rapport de l’association « Touche Pas à Mon Enfant » est accablant. Cette ONG a recensé pas moins de 306 cas de pédophilie. Les enfants, filles et garçons, de moins de huit ans sont les plus touchés.

 

Plus souvent que par le passé, les cas de pédophilie défraient la chronique au Maroc. Ils sont tous effarants, mais il y en a qui sont inimaginables. Rappelez-vous, en mars dernier, à Sidi Yahia-Zaër, une fille de 13 ans confie à son institutrice que son propre papa abuse d’elle sexuellement depuis quatre ans. Il lui donnait même des pilules contraceptives pour éviter qu’elle ne tombe enceinte. Pourtant, le criminel passait inaperçu. Il aurait pu continuer à abuser impunément de sa fillette si celle-ci avait continué à garder le silence.

C’est justement pour briser davantage le silence autour du phénomène de la pédophilie que l’association « Touche Pas à Mon Enfant » vient de publier son rapport annuel. Ce document montre que l’affaire de la fillette de Sidi Yahia-Zaër est loin d’être un cas isolé.

L’ONG a recensé en 2008 pas moins de 306 cas de pédophilie (166 ont été traités directement et 140 recueillis dans la presse). « Ce chiffre dépasse de 6 fois le chiffre annoncé dans le rapport de la ‘Coalition contre les abus sexuels sur les enfants’ pour le premier semestre de 2007, soit une croissance de 536%, ce qui prouve l’inquiétante propagation du phénomène », fait remarquer Najat Anwar, présidente de « Touche pas à mon enfant ». « Cette croissance est effarante et dangereuse », insiste la même responsable. Elle précise également que ce type d’agression est devenu aujourd’hui structurel. « D’une part en raison de son lien avec le tourisme, qui constitue un des piliers de l’économie nationale, et d’autre part, à cause de son aspect organisationnel lié aux réseaux et organisations criminels qui font de la prostitution infantile un commerce qui dépasse les frontières du Maroc et s’étend à l’échelle internationale », explique-t-elle.

Encore que le nombre de cas déclarés par les victimes et leurs familles reste très faible par rapport à la réalité, peut-on lire dans le rapport. La sensibilité de cette question dans une société aussi conservatrice que la société marocaine, explique cette réserve.

Il n’en demeure pas moins que l’effort fourni par l’association Touche pas à mon enfant, tente de combler l’absence de statistiques officielles qui pourraient être fournies par les autorités compétentes (ministère de la Justice, ministère du Développement Social, de la famille et de la solidarité, la police nationale et la gendarmerie royale…).

Genres d’agressions sexuelles

Le viol, d’après les cas reportés, est classé en première position des formes d’agressions sexuelles enregistrant 147 cas et 59 cas de viol avec violence. Le harcèlement sexuel a atteint 96 cas (31,37%). Egalement, 4 cas de grossesse suite à un viol, ont été enregistrés.

Le harcèlement par attouchements sur certaines parties du corps de l’enfant ou l’incitation de l’enfant à toucher des parties du corps de l’agresseur, l’exploitation sexuelle à travers des productions pornographiques, la prostitution des enfants, l’exploitation des enfants dans le tourisme sexuel, sont autant de formes utilisées dans les agressions enregistrées.

Les plus petits sont les plus touchés

Les enfants de 0 à 8 ans sont les plus touchés par les agressions sexuelles (169 cas, soit près de 60% des cas relevés), suivis par les 8-15 ans (104 cas) et les 15-18 ans (33 cas). Il y a eu sur les 306 ??????

Les agressions sexuelles sur les fillettes sont les plus répandues, avec un total de 168 cas, soit 54,90% des cas enregistrés en 2008 contre 138 cas pour les garçons, soit 45,10%.

Toutes les régions sont concernées

Les 306 cas enregistrés au Maroc se répartissent inégalement sur 55 régions du pays. Les variations sont dues essentiellement à la nature des villes et leur degré de dynamisme socio-économique. « Nous avons relevé 177 cas d’agressions sexuelles sur des enfants au niveau de 7 grandes villes du Maroc, ce qui représente 57,8% des cas enregistrés pendant l’année en question ; alors que le reste des cas (129) était réparti entre les 49 autres régions du pays », notent les auteurs du rapport.

Selon cette expansion, sept villes sont les principaux foyers de l’exploitation sexuelle sous toutes ses formes, en raison du tourisme sexuel, de l’emploi des enfants, du nombre croissant d’enfants abandonnés, des enfants de la rue et de l’emploi des petites filles comme femmes de ménage.

La ville de Casablanca arrive en tête dans le classement des agressions sexuelles avec 53 cas et 17,32% des cas, suivie de Marrakech avec 29 cas (9,47%), Agadir avec 24 cas (7,84%), Kenitra avec 22 cas (7,19%), ensuite Fès avec 20 cas (6,53%) et Taroudant qui enregistre 18 cas (5,88%).

Injustice

La justice et les faibles sanctions rendues contre les agresseurs encouragent la perpétuation des agressions sur les enfants, notent les auteurs du rapport. Ils évoquent l’exemple du procès d’Hervé Le Gloannec. « Cette personne ne s’était pas contentée d’infliger des sévices sexuels sur des enfants à Marrakech, mais s’était également adonnée à l’exploitation de leur vertu à travers la production et la distribution de films pornographiques utilisant des enfants. Son ordinateur personnel regorgeait de 17.000 photos et 140.000 enregistrements vidéo qu’il envoyait vers des sites pornographiques. Malgré ces éléments de preuve, la Cour d’appel a réduit sa peine initiale de 4 ans de prison ferme à 2 ans, pour qu’il bénéficie par la suite d’une grâce ramenant sa peine à 1 an de prison. Il a été libéré après quelques jours », peut-on lire dans le rapport de Touche pas à mon enfant. Autre exemple donné, celui de l’affaire Henry Soumère. « Dans cette affaire les faits ont été requalifiés passant d’abus sexuel sur mineur et incitation d’un mineur à la débauche à vice sexuel de caractère homosexuel. La sanction a, par conséquent, été modifiée en peine avec sursis », note-t-on.

Les auteurs du rapport insistent sur l’insignifiance des sanctions et les arrangements accordés dans ce domaine et aboutissant à la relaxe des agresseurs de nationalités étrangères, comme étant à l’origine de la principale cause favorisant l’accroissement du phénomène du tourisme sexuel. « Le Maroc est devenu une destination de prédilection pour les homosexuels et les pervers sexuels du monde entier qui exploitent la pauvreté et la précarité des familles marocaines afin d’abuser de leurs enfants. Ces touristes sont encouragés par l’indulgence des autorités et instances judiciaires, qui cherchent à drainer davantage de devises contribuant ainsi à l’aggravation des agressions sexuelles sur les enfants », concluent-ils. Et d’ajouter : « les décisions rendues par les tribunaux à l’encontre des agresseurs, au cours de l’année 2008 lors de procès dans lesquels les avocats de l’association ont représenté les enfants victimes, tournaient entre 4 (quatre) mois et 6 (six) ans de prison ferme. Les amendes se situaient entre neuf mille (9.000) et soixante mille (60.000) dirhams. Il est évident que ces sanctions ne correspondent pas à l’ampleur du préjudice subi par les enfants victimes d’agressions ni aux conséquences de tels actes sur la société en général. Les sanctions ne sont, par conséquent, pas adaptées aux crimes commis ».

Véritables causes

Cet extrait du rapport donne de précieuses indications sur la véritable origine du mal :

« La pauvreté, la marginalisation, l’analphabétisme, la dislocation familiale et la croissance du phénomène d’abandon des enfants ou ce qu’on nomme « enfants de la rue », en plus de l’emploi des enfants, notamment des jeunes filles en tant que « bonnes » dans les foyers et l’absence d’une éducation sexuelle au sein de notre société qui permet de sensibiliser les enfants marocains aux agressions sexuelles qui peuvent porter atteinte à leur innocence afin de leur permettre de faire la distinction entre les comportements naturels et ceux liés au harcèlement sexuel, sont autant de facteurs qui peuvent expliquer l’ampleur de ce phénomène ».

Ce que recommande « Touche pas à mon enfant »

Pour lutter efficacement contre les agressions que ne cessent de subir les enfants au Maroc, l’ONG « Touche pas à mon enfant » plaide pour la mise en place d’une stratégie nationale au niveau de tous les secteurs concernés par l’enfance au Maroc. Cette stratégie, note l’association, doit promouvoir la sensibilisation en prévoyant les moyens et outils nécessaires à sa mise en œuvre. La même ONG exhorte les institutions œuvrant dans le domaine de la santé psychologique et l’action sociale à intensifier leurs efforts de développement et amélioration des compétences de leurs personnels afin d’offrir l’orientation et le conseil adéquats aux enfants victimes d’abus et à leurs familles. Elle espère voir des sections dédiées dans les hôpitaux publics aux victimes des agressions sexuelles pour leur permettre de recevoir les soins adaptés à leurs situations psychologiques et sanitaires et assurer le suivi des patients. Elle souhaite aussi que soient créés des centres d’hébergement et de protection dédiés aux enfants victimes d’abus. Elle plaide également pour la création et le financement des programmes sanitaires, de formation et de sécurité sociale au bénéfice de ces victimes.

« Encourager les partenariats de coopération entre les départements gouvernementaux et secteurs civils et mettre en place des programmes communs de lutte contre ce phénomène. Mettre en place une ligne verte pour les associations compétentes en matière d’abus sexuel afin de recevoir les doléances des victimes de ces agressions. Sensibiliser les familles à l’importance de l’éducation sexuelle en collaboration avec les institutions éducatives et sociales. Préparer des programmes éducatifs à caractère pédagogique pour les enfants, au sein des écoles pour leur permettre de faire la distinction entre des attouchements naturels et ordinaires et les attouchements liés au harcèlement », sont autant de recommandations émises par la même association. Laquelle estime qu’il est nécessaire que les autorités compétentes, telles que la police, organismes officiels et ministères en charge de l’enfance et des affaires sociales, assument leur responsabilité quant à cette question et œuvrent à la prise de décisions et à l’adoption de lois adaptées afin d’éradiquer ce dangereux phénomène. Elle rappelle aussi que les lois nationales doivent se conformer aux chartes internationales en matière de doits de l’enfant et aux protocoles facultatifs pertinents.

Par ailleurs, l’ONG plaide en faveur du renforcement des sanctions répressives dans la législation pénale marocaine et l’implication de la magistrature avec la rigueur et la sévérité nécessaires à ce type de criminalité. Enfin, Touche pas à mon enfant mise beaucoup sur les médias : « Les différents médias audiovisuels, écrits et électroniques doivent s’impliquer dans la sensibilisation des citoyens et des familles mais aussi l’interpellation des responsables afin d’éradiquer ce problème. Ils doivent diffuser des annonces publicitaires relatives à la lutte contre ce fléau et éviter de focaliser sur l’aspect sensationnel de cette question ».

 

Statistiques de l’ONDE

L’Observatoire National des Droits de l'Enfant recense et publie régulièrement les plaintes qu’il reçoit, à travers son centre d’écoute, concernant les cas de maltraitance des enfants. Au terme de l’année 2008, l’Observatoire a enregistré 560 cas de maltraitance dont 120 concernent des cas d’agression sexuelle. Le reste des cas concerne la maltraitance physique (141 cas) et la négligence (167 cas).


Najat Anwar : Présidente de l’association « Touche pas à mon enfant »

« Notre rapport reflète la propagation des agressions sexuelles dans notre pays »

. Quelles sont les principales réactions que vous avez pu recueillir après la publication de votre rapport ?

Un grand nombre de responsables qui sont en relation avec le domaine de l’enfance ont été surpris par les chiffres et les pourcentages qui figurent dans le rapport et qui reflètent l’importance du phénomène et sa propagation. Nous avons noté que la presse a donné une grande importance au rapport et a contribué à la définition du phénomène de la pédophilie pour le plus grand nombre de lecteurs. L’association a reçu la sympathie de l’opinion publique par des appels et des correspondances.

. Certains responsables contestent le fait qu’il y ait recrudescence du phénomène de la pédophilie, préférant plutôt parler de la prise de conscience des Marocains de ce fléau… Quelle est votre réaction à ce sujet ?

La hausse dont nous parlons est une hausse partielle et relative suivant les données sur lesquelles nous avons travaillé. Le phénomène est plus grave que ce qui a été indiqué sur le rapport. En fait, les causes qui sont à l’origine du phénomène sont multiples et toujours présentes dans notre société. On pourrait citer la pauvreté, la marginalisation, l’absence de l’éducation sexuelle et aussi le phénomène des enfants abandonnés... Le Tabou n’a pas été entièrement brisé. Ce qui a vraiment aidé à ce que l’on commence au Maroc à parler du fléau des agressions sexuelles sur les enfants, ce sont les associations qui œuvrent dans le domaine des abus sexuels avec des moyens modestes et très limités sans recevoir aucune subvention. A cette occasion, nous demandons d’ouvrir un débat entre tous les intervenants pour discuter des résultats de notre rapport.

 . Pour revenir à l’étude que vous avez menée, quels sont parmi les nombreux cas que vous ave relevés, ceux qui vous ont le plus marqués ?

Tous les cas que nous recevons sont du même degré d’importance. Ils nous ont tous marqués, nous et toute la société marocaine. Cependant, il ya toujours des cas spéciaux qui suscitent plus d’intérêt suivant le degré de l’agression et nous pouvons citer deux cas dans ce cadre. Le premier concerne une mineure de 13 ans qui a été victime de viol suivi de grossesse, et là nous sommes devant deux victimes et pas une seule. Le second est celui d’un enfant qui a été violé à Rabat, ce qui a causé un dysfonctionnement de son appareil digestif. Conséquence ce petit a eu des comportements anormaux involontaires. Il était notamment dans l’impossibilité de contrôler ses selles. Ceci s’est accompagné de la détérioration de son état psychique. Ce sont là des exemples parmi tant d’autres qui doivent nous pousser à continuer notre lutte.

 



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