Le dialogue social est au pied du mur. Depuis plusieurs semaines, syndicats, gouvernement et patronat essaient d'accorder leurs violons pour sortir de l'impasse, en vain. Les revendications des centrales représentatives se font pressantes sur un certain nombre de dossiers comme la promotion interne, la revalorisation des revenus dans le secteur public ou encore la refonte de la grille des salaires.
Face au caractère urgent de ces doléances, le gouvernement préfèrent tempérer jusqu'à ce que les commissions sectorielles finissent leurs travaux. En effet, ces structures censées représenter les trois partenaires se tiennent régulièrement mais sans pour autant déboucher sur des prises de positions concrètes.
Les représentants du gouvernement, selon plusieurs responsables syndicaux, participent certes aux commissions mais ne viennent pas avec des propositions. Pour Mohamed Benjelloun Andaloussi, secrétaire général de l'UGTM, le dialogue social a été noyé dans des discussions sans agenda précis. Pas plus loin qu'hier, vendredi, la commission des secteurs publics s'est tenue dans la même atonie qui déteint sur les autres. Selon le responsable syndical, les négociateurs gouvernementaux n'ont aucun pouvoir de prendre des décisions surtout celles qui nécessitent un engagement financier. Les ministres concernés, notamment Mohamed Abou (Modernisation des secteurs publics) et Jamal Ghmani (Emploi) arguent qu'ils ne peuvent s'engager sans s'en référer à l'ensemble de l'Exécutif. Un va-et-vient qui en dit long sur la complexité des pourparlers que l'on ambitionne pourtant d'institutionnaliser. En parlant de complexité, Larbi Habchi, membre du bureau central de la FDT, estime que les salaires doivent être actualisés à l'aune de l'inflation réelle que ce syndicat proche de l'USFP situe à 5% au lieu de 2,9% prévus dans le Budget général de 2009.
Comme le calcul de l'inflation s'effectue sur la base de l'indice du coût de la vie (ICV) mis en place il y a une vingtaine d'années, la FDT réclame une nouvelle conception de ce dernier en respect de l'évolution qu'ont connue les systèmes de consommation et les prix au Maroc. Dans une récente déclaration au «Matin», Khalid Alami Houir de la CDT a souligné que la reprise du dialogue doit impérativement inclure une harmonisation de l'échelle mobile des salaires avec les prix des produits de consommation.
Sur ce registre, il faut signaler que le Haut commissariat au Plan a montré sa volonté de s'y atteler. La volonté politique est là, mais il faut encore patienter jusqu'à ce que le HCP donne son verdict. La refonte des grilles des salaires n'est pas l'unique pierre d'achoppement. Les syndicats se font un point d'honneur d'insister sur des dossiers en suspens comme celui du quota en matière de promotion interne.
Au premier round du dialogue social, le gouvernement a relevé ce quota de 22 à 25%. Les syndicats sont revenus à la charge exigeant son rehaussement à 33%. Aujourd'hui, les travaux de deux commissions ayant trait aux salaires et à la promotion interne dans la fonction publique sont gelés jusqu'à ce que le gouvernement revienne avec des propositions plus courageuses. En tout cas, les contacts reprendront à partir de ce lundi pour arriver à un terrain d'entente. Quant à la CGEM, ses représentants n'assistent que très rarement aux travaux des commissions. Selon un syndicaliste, le patronat se dérobe toujours derrière le rideau de la crise financière mondiale, alors que la plupart des spécialistes pensent que le Maroc en est épargné. Il est par contre plausible que certains secteurs comme le textile ou l'agroalimentaire, là où la concurrence est acerbe et les humeurs du marché changeantes, soient traités autrement. Les textiliens ont pu bénéficier d'un éclatement de la hausse du Smig sur quatre ans au lieu de deux en vigueur dans le reste des autres secteurs. Les syndicats en conviennent même si la plupart n'ont pas signé le package gouvernemental qui devra coûter au budget plus de 16 milliards de DH.
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Smig à 3.000 DH…
La plupart des centrales représentatives qualifient le premier round de coquille vide. En signe de refus, elles n'ont pas signé le document final comportant les engagements gouvernementaux dont le coût a été estimé à 16 milliards de DH. Devant le fait accompli, des syndicalistes demandent au moins que ce budget soit réparti équitablement entre les différentes échelles à travers une hausse des salaires minimums de 500 DH.
Un récent communiqué de l'Union syndicale des fonctionnaires relevant de l'UMT a exigé que le Smig soit porté à 3.000 DH. Idem pour l'IR où la revendication consiste à revoir les tranches imposables pour plus d'équité fiscale. Les syndicats ont fait automatiquement la comparaison avec les entreprises qui ont bénéficié d'une baisse de 5 points de l'IS d'un seul coup, passant de 35 à 30%. La question de la liberté syndicale est également à l'ordre du jour pour contrecarrer la volonté affichée du gouvernement d'appliquer le principe de journée chômée, journée non payée. Sur un autre registre, celui de l'application du code du travail qui souffre de carences, les syndicats estiment que l'amélioration des conditions des travailleurs est étroitement liée au respect de certaines dispositions clés de ce code.
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