A court terme, la flambée des prix ne connaîtrait aucune inflexion. S'inscrivant toujours dans un trend ascendant, l'ICV (Indice du coût de la vie) continue de caracoler en grimpant de 5,1% au mois de juillet dernier.
De fait, et comme l'ont prédit l'ensemble des centres de conjoncture qu'ils soient privés ou publics, l'inflation alimentaire devrait rester élevée, le renchérissement des cours des matières premières agricoles continuant de se répercuter sur les prix à la consommation. De plus, l'application d'une nouvelle augmentation au mois de juillet des prix des produits pétroliers intérieurs ne peut que pousser l'inflation énergétique à la hausse et, par ricochet, renforcer les pressions inflationnistes alimentaires pour le restant de 2008. Au total, l'inflation au troisième trimestre atteindrait 4,7%, en variation annuelle. Pour autant, l'inflation sous-jacente serait aux alentours de 4,3% en raison de la diffusion progressive des hausses des matières premières, en particulier au niveau des produits alimentaires transformés et des produits manufacturés.
L'inflation devrait augmenter donc de manière significative au cours du trimestre courant tirée en cela par la poursuite du processus graduel de répercussion sur les consommateurs des variations des prix des principaux produits alimentaires.
Pour les deux trimestres à venir de cette année, Bank Al-Maghrib avait prévu, dans son dernier Rapport de la politique monétaire, un taux d'inflation de l'ordre de 2,5% puis de 2,4%, qui s'explique essentiellement par l'atténuation des tensions induites par les prix mondiaux des produits alimentaires et par un effet de base favorable, le renchérissement de ces produits ayant commencé au troisième trimestre de l'année 2007.
Les risques liés aux incertitudes entourant l'évolution de la conjoncture internationale (incertitudes accrues entourant l'évolution future des prix des hydrocarbures, des prix des produits et matières premières agricoles) pourraient raviver les tensions inflationnistes. Lesquelles seraient même galvanisées par les aléas liés à la viabilité du système actuel de compensation, le rythme de croissance rapide du crédit, ainsi que les répercussions escomptées de la hausse du Smig. En fait, cette tendance haussière des prix à la consommation n'aura pas connu un tantinet de répit depuis 2007. Elle a même été attisée avec vigueur au cours de la première moitié de 2008. Au deuxième trimestre 2008, l'inflation a culminé à 4,6%, après 2,4% au premier trimestre, et ce, dans le sillage de la hausse des prix des produits alimentaires.
L'envolée des prix des matières premières agricoles a foncièrement affecté les prix à la consommation au quatrième trimestre 2007 avec son lot d'effets pervers que l'on connaît. La conjonction des facteurs de conjoncture locale (incidents climatiques) et d'environnement international (hausse de la production de biocarburants, diminuant les superficies destinées à l'alimentation dans le monde) expliquent les tendances récentes des cours des matières premières alimentaires.
La poursuite du renchérissement des prix à l'importation des produits alimentaires de base, hors produits énergétiques, signale la persistance de pressions inflationnistes pour l'année 2008. L'évolution des prix de ces produits a impacté l'inflation sous-jacente qui a poursuivi sa tendance haussière, entamée depuis le mois de novembre dernier pour marquer un net rebond de 5,4% au deuxième trimestre 2008, en variation annuelle. En conséquence de l'envolée des cours mondiaux des produits agricoles, les prix des produits alimentaires non frais ont connu une nette reprise. La hausse enregistrée dans l'alimentation hors frais a été responsable d'une élévation de 1,7 point de l'inflation d'ensemble au deuxième trimestre 2008.
Le vif renchérissement des prix à la consommation au cours du deuxième trimestre 2008 est aussi lié à la hausse des prix des produits frais, en particulier ceux des viandes (6,3%) et des fruits frais (13,8%), en lien avec l'insuffisance de la production. Parallèlement à la remontée des prix des produits alimentaires, la hausse des prix des services a repris à partir du mois de mars 2008. L'annulation des effets des anciennes baisses des prix des communications, en raison de l'entrée de nouveaux produits sur le marché de la téléphonie mobile, explique en partie cette évolution. Dans cette foulée, des effets domino ont pleinement joué surtout en ce qui concerne les prix à la production industrielle qui sont entrés dans une phase d'expansion conjoncturelle, induite par le renchérissement de certaines matières premières importées.
En 2008, l'indice global a atteint 23,2%, en glissement annuel, en raison de la hausse des coûts des industries du raffinage (12,9 points de contribution) et ceux de la chimie (6,8 points) et, dans une moindre mesure, ceux de l'alimentaire et de la métallurgie. La hausse d'une part des coûts du raffinage après une forte baisse l'année dernière et, d'autre part, le renchérissement des matières premières importées minérales, énergétiques et agricoles, expliquent, en grande partie, cette évolution. L'augmentation du cours du soufre sur le marché international a impacté les coûts de production de l'acide sulfurique et, par conséquent, a tiré les prix à la production des industries chimiques vers le haut. En ce qui concerne l'industrie alimentaire, ce sont principalement les coûts des industries des corps gras et de la transformation des céréales et des farines qui ont le plus augmenté, en lien avec le relèvement des prix des graines oléagineuses et du blé sur le marché international.
Parallèlement, l'accroissement des cours de métaux, en relation avec la fermeté de la demande mondiale et l'insuffisance des capacités d'offre, a alimenté les coûts de production des industries de la métallurgie. Les pressions découlant des prix à l'import et des prix de l'énergie pourraient ainsi s'accentuer. L'analyse de l'évolution des différents indices de valeurs unitaires à l'importation développés par Bank Al-Maghrib laisse entrevoir, pour l'année 2008, une accentuation du rythme de croissance des prix à l'importation à un niveau plus élevé. Ainsi, l'ensemble des indices, à l'exception de celui se rapportant au sucre, reflète la flambée des cours des matières premières. Toutefois, les conjoncturistes de BAM anticipent un reflux de ces pressions à partir du deuxième semestre de l'année en cours.
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