Discret depuis qu’il a laissé son fauteuil de secrétaire général du PJD à Abdelilah Benkirane, l’ancien numéro 1 du parti islamiste est sorti de sa réserve. Rapports avec le Palais, affaire Belkora, préparation des communales... El Othmani répond, avec le franc-parler qu’on lui connaît à tous les sujets (brûlants) de l’heure.
Quel bilan d’étape pourriez-vous faire du mandat de votre successeur ?
Il est difficile de faire un bilan en une période de six mois seulement. Mais il est à souligner que la ligne du parti n’a pas bougé puisqu'il n’y a pas eu de grand mouvement au niveau de la direction de la formation. C’est presque la même équipe qui gère notre structure depuis dix ans. Cela dit, Benkirane a jusque-là multiplié les sorties médiatiques en tant que secrétaire général. Et aujourd’hui, à quelques mois des communales, il est temps de préparer une stratégie de communication concertée…
Est-ce votre manière de reprocher à Benkirane ses déclarations au sujet de la collecte de fonds en faveur de Gaza ?
Je ne pense pas que les déclarations du secrétaire général du PJD nécessitaient un communiqué de la primature. Le Premier ministre a eu une réaction surdimensionnée. D’un autre côté, et après coup, je me demande si nous n’aurions pas dû nous contenter d’un communiqué pour expliquer notre position, plutôt que d’envoyer une lettre à Abbas El Fassi.
Benkirane a nié, dans un premier temps, avoir fait ces déclarations à Al Massae avant de se rétracter…
Effectivement ! Mais Benkirane n'est pas censé se rappeler de tous les détails de sa conférence et de ses réponses aux questions de l'auditoire. Je pense que Abdelilah était de bonne foi. D'ailleurs, il a essayé par la suite de rectifier le tir.
Comment les autres membres du secrétariat général ont-ils réagi à ce quiproquo ?
Nous avons parlé de cet incident, qui n'aurait pas dû avoir lieu, et que d’autres ont, sans doute, cherché à exploiter. Mais l’affaire d’Aboubakr Belkora l’a vite éclipsé.
Parlons justement de l’affaire du maire pjidiste de Meknès. Comment
interprétez-vous cette décision du ministère de l’Intérieur ?
Cette affaire résume à elle seule l’acharnement de certains contre le PJD.
Qui visez-vous quand vous dites “certains” ?
Certains milieux qui pensent toujours que notre parti représente une menace.
Pouvez-vous être plus précis ?
Je ne veux accuser personne, mais l’affaire Belkora me laisse perplexe. On s’attendait à ce qu'il y ait des escarmouches contre le PJD avant les élections communales, mais, franchement, le ministère de l’Intérieur est allé trop loin. Le but, c’est d’affaiblir le PJD avant les communales. Notre pays n'a pas besoin de telles pratiques. Il fallait préparer ce scrutin dans un climat serein. Or, on est en train de dire aux Marocains que les grandes villes sont gérées correctement à l'exception de Meknès. Qui va croire à cela ? Où sont les résultats des autres inspections du ministère de l’Intérieur et la Cour des comptes concernant les autres communes ?
Avez-vous mené votre propre enquête au sein du parti au sujet de cette affaire ?
Une commission interne du parti s’est penchée sur les accusations retenues contre notre maire. Nous avons constaté qu’il n y avait rien de grave à lui reprocher, sauf peut-être qu'il est du PJD. Vous devez savoir que le plan de développement de la ville de Meknès, dont le budget est de 40 milliards de dirhams, est resté bloqué par l'administration pendant plusieurs années, jusqu’en août 2008. Et, coup de théâtre, aujourd’hui à cinq mois des élections, on suspend le président de la commune.
Comment allez-vous réagir alors ?
Nos avocats vont saisir le Tribunal administratif pour demander l’annulation de cette décision du ministère de l’Intérieur.
Le conseil national, que vous présidez, a pris plus de pouvoir depuis le dernier congrès. Est-ce pour faire contrepoids à Abdelilah Benkirane ?
Absolument pas. Cela a été décidé avant la tenue du congrès, donc avant l'élection du nouveau secrétaire général. L’objectif est simple?:?nous cherchons plus de démocratie interne. Le conseil national se réunit chaque année, évalue le travail du secrétariat général et trace la ligne politique du parti. Il faut arrêter de croire qu’il y a des dissensions entre les cadres du PJD. Bien au contraire, nous sommes solidaires et avons le même objectif. Il est normal de renforcer ce cadre de débat interne. C’est cette dynamique qui fait la force du PJD.
Le secrétariat général du parti a décidé de limiter sa participation aux prochaines élections à seulement 40% des communes. S’agit-il d’un nouvel accord avec l’Etat ?
Ce n’est pas un choix délibéré. Aujourd’hui, aucun parti au Maroc ne peut couvrir la totalité des circonscriptions. En 2003, le parti de l’Istiqlal avait un taux de couverture d'environ 55%, alors qu’il s’agit de la première formation en termes de représentation électorale. Partant de là, un taux de couverture de 40% pour le PJD reste très acceptable. La charte communale et le découpage ne permettent pas d’élargir notre couverture, bien au contraire.
Concrètement, que vise le PJD pour ces communales ?
Nous avons décidé de nous concentrer sur les villes et certaines communes rurales. Nous allons essayer de gagner une des grandes villes ainsi que plusieurs agglomérations de taille moyenne, car en milieu urbain, le scrutin par liste nous sera plus favorable.
Avez-vous entamé les discussions au sujet des coalitions qui suivront ce scrutin ?
Non. Je crois que cela se fera au niveau local. Concernant les grandes villes, c’est le secrétariat général qui statuera, mais ailleurs nos élus décideront. Nous soutiendrons des élus honnêtes et travailleurs. La couleur politique passera au second plan.
L’USFP a appelé à un débat national sur la réforme constitutionnelle. Etes-vous d’accord avec cette approche ?
Les documents de notre parti révèlent la nécessité d’une réforme constitutionnelle. Si l’USFP souhaite un débat national, nous sommes prêts à y participer.
Même si l’USFP veut y associer Al Adl Wal Ihsane…
Nous n’avons aucun problème avec cette démarche. Al Adl Wal Ihsane est un acteur politique comme les autres.
Que pensez-vous du travail que mène le gouvernement ?
Son bilan est négatif en ce qui concerne les réformes de la justice, de l'enseignement et du mode de gouvernance. Sur le plan social, les grèves qui se multiplient témoignent de son incapacité à gérer les retombées de la crise internationale. Il y a aussi une mauvaise préparation des prochaines élections, dans la mesure où il n'y a pas de grands changements qui garantiraient des élections libres et transparentes.
Pensez-vous que votre discours sur les événements de Gaza jouera en votre faveur lors des élections ?
Je ne crois pas, car beaucoup de partis politiques ont eu un discours fort à la hauteur de l'agression israélienne barbare.
Serez-vous candidat pour ce scrutin ?
Non, il vaut mieux que de nouveaux cadres se présentent.
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