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Ces dangereux pesticides dans nos fruits et légumes

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Le problème des pesticides périmés concerne plusieurs régions agricoles du Maroc. Ces produits chimiques sont surtout sur-utilisés dans les fruits et légumes.


Le Maroc est un pays qui aurait le plus grand stock de pesticides périmés au monde. Cette problématique touche plusieurs régions du Royaume dont Chtouka Ait baha, Tiznit et Ouled Taima. Selon des sources bien informées, le problème est là et le pays compterait des milliers de tonnes de pesticides devenus hautement toxiques puisque périmés.

« Dans plusieurs régions du Royaume, il y a encore des stocks de pesticides périmés qui sont encore utilisés et qui s’infiltrent dans la nappe phréatique. Ils remontent à plusieurs années et constituent un vrai danger pour l’environnement », affirme au Reporter Abderrahim Riad, ingénieur en écologie et chercheur en toxicologie et pesticides.

L’éternel débat sur la problématique des stocks des pesticides périmés au Maroc et l’utilisation excessive de ces produits par certains agriculteurs n’a jamais été tranchée. L’Etat ne s’était pas exprimé sur la question ni ne s’est pas prononcé sur le dossier de manière définitive, s’inquiètent des acteurs de la société civile dans la région de Souss Massa Daraa. Pourtant, selon les chiffres officiels, plus de 7000 tonnes de pesticides obsolètes se trouvent actuellement au Royaume et continueront, si rien n’est fait, de s’infiltrer à travers les nappes phréatiques, indique l’ingénieur.

Pour rappel, « lors des précédentes invasions accrédiennes, le Maroc a reçu de l’Union européenne des dons sous forme de pesticides pour lutter contre le phénomène. La quantité reçue a été tellement importante qu’une grande partie de ces produits nocifs n’a pas été utilisée. Aujourd’hui, le Maroc se retrouve  avec des milliers de tonnes des pesticides périmés et ne sait pas quoi en faire », met en garde Abderrahim Riad. Selon cet ingénieur, dans des régions comme Chtouka Ait baha, Tiznit et Ouled Taima, ce n’est un secret pour personne que l’utilisation des pesticides est de plus en plus excessive, particulièrement dans le secteur des fruits et légumes, nous a-t-on confié. « A Chtouka Ait Baha, par exemple, certains propriétaires d’exploitations agricoles utilisent les pesticides d’une manière non conforme aux normes internationales. Souvent, ils s’approvisionnent en quantités qui dépassent, et de loin, leur besoin. Résultat : Ces produits dangereux s’accumulent et deviennent, deux ans après, périmés et obsolètes. Ce qui constitue un vrai danger aussi bien pour l’environnement que pour la santé de la population », affirment au Reporter des spécialistes qui suivent de près ce dossier.

Une chose est sûre, l’intensification des cultures, surtout maraîchère dans les régions indiquées engendre une utilisation excessive des pesticides, indique pour sa part le Professeur Abderrahim Hormatallah. « Le Maroc devra faire face à cette problématique de gestion de pesticides. Car, rappelons-le, près de 80% des produits agricoles issus de la région de Souss sont orientés vers l’Union européenne. Le Maroc devra donc obéir aux exigences de cette Union, notamment en matière de contrôle, de résidus de pesticides et de qualité des produits agricoles», conclut-il

Par ailleurs, la banque mondiale a décidé d’octroyer au Maroc un don de 450 millions de dollars. Premier objectif : Aider le Royaume à se débarrasser de ses stocks dangereux et le déclarer pays à zéro stock en pesticides périmés et ce, à l’horizon 2009. Plusieurs régions auraient d’ailleurs été recensées comme points noirs de stocks de pesticides obsolètes. Un appel d’offres devrait être lancée début 2009 pour la collecte de ces stocks, a-t-on appris. Faute de moyens technologiques, les pesticides collectés devront être ainsi transférés en Hollande pour y être éliminés, explique au Reporter une source proche du dossier.

Danger public
« Le consommateur marocain n’est pas à l’abri d’une intoxication par les pesticides. Et pour cause ! Ces produits chimiques à usage agricole ne sont soumis à aucun contrôle. D’autant plus, qu’on ne voit pas non plus un contrôle systématique au niveau des marchés des fruits et légumes. Ces produits sont souvent soumis à des traitement par des pesticides, et peuvent, quand ils contiennent des résidus de pesticides, constituer un danger réel pour la santé des consommateurs », nous confie un spécialiste. Au marché de gros de Casablanca, par exemple, on ne voit pas des inspecteurs effectuer, d’une manière systématique, des vérifications relatives à la conformité ou non des produits mis sur le marché. Et à Agadir, région connu par une utilisation excessive en matière de pesticides, on ne voit pas non plus des inspecteurs sortir dans les marchés et prélever des échantillons, a-t-on souligné au Reporter. « C’est tout le contraire pour la production agricole qui est destinée aux marchés internationaux. Celle-ci est sévèrement contrôlée.  Mais les produits destinés au marché local ne sont contrôlés qu’exceptionnellement. Ils sont loin d’être soumis au contrôle rigoureux qui devient partout dans le monde obligatoire », tient-on à préciser.

Selon le Laboratoire des pesticides et Qualité des Produits Horticoles d’Agadir, les analyses et le contrôles ne sont effectués que sur les marchandises dont les propriétaires souhaitent vérifier la conformité, notamment en matière de qualité, de résidu de pesticides et en matière réglementaire. Mais, le plus courant, c’est que la plupart des propriétaires des exploitations agricoles, à Chtouka Ait Baha et ailleurs utilisent les pesticides d’une manière non conforme aux normes internationales. Ce qui pourra engendrer des problèmes toxicologiques graves chez les consommateurs.

Doucement mais sûrement
Se dépêcher lentement. C’est la démarche choisie par l’Association pour le développement et la coopération Iligh pour mettre en garde contre les effets néfastes des pesticides périmés dans la région de Souss. « Certes, la problématique des pesticides est là. Mais il faut y aller doucement, car des milliers de famille travaillent dans l’agriculture moderne », indique Ahmed Daali, directeur de l’Association Iligh. Depuis quelques mois, cette ONG est en effet à pied d’œuvre pour sensibiliser les populations sur cette problématique ainsi que sur les dangers d’une utilisation excessive des pesticides. Une rencontre a d’ailleurs été organisée il y a quelque mois par l’association et a abouti à un programme, le premier du genre dans le domaine des pesticides au Maroc. « Le but recherché à travers le présent projet est d’initier les communautés locales, notamment dans les provinces de Tiznit et Chtouka Ait Baha, au monitoring des impacts des pesticides sur la santé » explique Ahmed Daali. De même, des discussions seraient actuellement en cours avec PAN Afrique et le PNUD pour monter un projet de sensibilisation de grande envergure sur l’impact des pesticides sur la santé. L’ensemble des associations des douars de la région a été invité à y participer.

Le marché noir des pesticides
Le secteur des pesticides n’échappe pas à l’informel. Des produits échappant à tout contrôle, dont des pesticides, empruntent les voies de la contrebande et se retrouvent dans le marché national, indique au Reporter le Professeur Abderrahim Hormatallah. Ces produits sont interdits au Maroc, mais peuvent facilement circuler sur les marchés locaux, confie-t-il. Et d’ajouter : « le manque de contrôle rigoureux au niveau des marchés, peut engendrer des problèmes néfastes, aussi bien sur la santé que sur l’environnement. Faut-il le souligner, les pesticides sont souvent vendus par des personnes qui ignorent tout de ces produits dangereux ». Selon des témoignages concordants, des pesticides qui seraient interdits sous d’autres cieux seraient vendus en grande quantité à Ait Melloul, dans la région d’Agadir.


Souss Massa Daraa : Légumes empoisonnés
Certains agriculteurs de la région de Souss Massa utiliseraient des produits chimiques interdits pour traiter leur production.

Comment expliquer le nombre en hausse des personnes qui sont atteints actuellement de cancer au niveau des provinces de Chtouka Ait Baha,Tiznit et Ouled Taima ? Est-ce que l’utilisation  excessive des pesticides serait pour quelque chose dans cette situation ? Autant de questions qui sont souvent posées, notamment lors des rencontres organisées sur l’impact des pesticides sur la santé. Quoiqu’il en soit, près de 90% des malades qui seraient alités à l’hôpital Hassan II d’Agadir viennent en effet de ces provinces, selon des chiffres officiels.

Alors, coïncidence ? Selon Abderrahim Riad, Ingénieur en écologie et chercheur en toxicologie et pesticides, c’est dans ces régions que l’utilisation des pesticides est de plus en plus excessive.

La région de Souss Massa, rappelons-le, est l’une des grandes régions agricoles du pays et la première en matière de la production des agrumes et légumes.

Pour réaliser un rendement beaucoup plus important, nos « gentlemen farmers » auraient trouvé cette solution ingénieuse : privilégier une utilisation très excessive des pesticides. Pour ce faire, «bon nombre d’entre eux n’hésitent pas d’ailleurs à ne pas respecter le dosage normal et semblent prêts à soumettre leur production à des traitements par des produits chimiques interdits», confie l’ingénieur qui connaît bien la région. «A Chtouka Ait Baha, certains propriétaires d’exploitation procèdent à un traitement très intensifié», regrette notre témoin. Et d’ajouter : « pour donner une couleur encore plus verte à la menthe, par exemple, certains cultivateurs utilisent ces produits d’une manière excessive. Ce qui constitue un vrai danger pour la santé des consommateurs. Car, ce produit, même si on le lave abondement avec de l’eau, continuera à contenir des produits chimiques ». Pour les tomates, quant à elle, la règle en vigueur consiste à ne procéder à la cueillette de ces légumes que 15 jours après leur traitement par les pesticides. Or, poursuit Riad, des producteurs n’hésitent pas à mettre sur le marché des tomates un jour seulement après leur traitement. Et ce ne sont pas les exemples qui manquent.

D’un autre côté, le traitement par Condor, un pesticide très dangereux, mais devenu un produit homologué au Maroc, ne doit être effectué que par la société qui l’a importé. Laquelle société doit légalement procéder, elle-même, à la destruction, dans ces locaux, des fûts qui contiennent ledit pesticide quand il reste non utilisé. Or, nous a-t-on affirmé, « de toutes les sociétés qui importent ce pesticide à Ait Melloul, par exemple, seule une d’entre elles respecte la loi. C’est dire le danger pour le consommateur marocain.

Mais comment assurer une conformité aux normes pour les produits mis sur le marché marocain ? Tâche difficile dans la mesure où les tests de contrôles ne sont effectués que sur les marchandises à destination des marchés extérieurs, regrette Abderrahim Riad.

Même quand il s’agit de la production agricole destinée à l’exportation, la conformité aux normes internationales n’est pas toujours au rendez-vous. Cette année, l’Espagne aurait refusé de grandes quantité de marchandises en légumes en provenance du Maroc, plus particulièrement de la région de Chtouka Ait Baha, indique une source proche du dossier. Selon la même source, « toute cette marchandise dont des poivrons et des tomates aurait ainsi changé de destination pour atterrir sur les marchés locaux ». La raison avancée par l’autorité sanitaire espagnole est principalement un taux de pesticide très élevé par rapport aux normes internationales, explique-t-on au Reporter. C’est ce qui a d’ailleurs fait que l’Union européenne a saisi le Maroc, plus particulièrement, sur ce qui se passe à la région de Chtouka Ait Baha. C’est ce qui pousse l’Association Nationale des Exportateurs des Légumes et des Fruits  (APEFE) à  s’intéresser davantage à sensibilisation des professionnels au nécessaire respecter des dosages en matière de pesticides.

Le Maroc compte plusieurs entrepôts de pesticides périmés qui sont répartis dans plusieurs régions du pays, dont celles de Souss, Khouribga, Oued Zem, Casablanca et Nador. Ces produits sont devenus, selon la réglementation marocaine, interdits à l’utilisation.

La ville de Tiznit, par exemple, est recensée comme étant l’un des points noirs en la matière. Lors des précédentes invasions accrédiennes, dont les plus dévastatrices sont celles de 1950 et de 1988-89, la ville avait reçu de grandes quantités de pesticides pour faire face à ce phénomène. Mais à la fin de ces campagnes anti accrédiennes, et au fil des années, ces produits se sont accumulés et sont devenus un véritable danger pour la santé publique. La question d’accumulation et de stockage devient ainsi un vrai problème qu’il va falloir résoudre. Il y a péril en la demeure.

 



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