
Niger : la rébellion des Touaregs Le Niger occupe la dernière place du classement de l’ONU pour l’indice de développement humain. Mais, dans l’un des pays les plus pauvres de la planète, comme ailleurs, les statistiques et les moyennes gomment l’hétérogénéité des situations. Les clivages se creusent entre le Sud, avec ses plaines fertiles, ses cultivateurs d’ethnies noires, la capitale, Niamey, et le Nord du pays, aride, désertique et montagneux. Le Nord, c’est le territoire des nomades et des pasteurs, en majorité Touaregs. Mais c’est aussi le troisième centre de production d’uranium au monde. Le groupe français Areva y exploite les plus importantes mines à ciel ouvert du pays, en accord avec le gouvernement central de Niamey. Dès le départ, les Touaregs du Nord se sentent exclus de l’économie du « yellow cake » : ils réclament des emplois et veulent être associés à cette création de richesse, d’autant plus qu’elle se développe sur leurs terres. C’est l’une, sinon la principale revendication des rebelles touaregs qui ont pris les armes dans le nord, début 2007. Le Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ) est aujourd’hui en mesure de menacer l’approvisionnement d’uranium des pays développés. La stabilité de la région fait donc partie des intérêts supérieurs de l’Etat nigérien, mais aussi de la France, grosse consommatrice d’énergie nucléaire. Sans compter les Américains qui surveillent de près tous les mouvements islamistes proches d’Al-Qaïda, qui sillonnent la région entre Algérie, Niger et Mali. Le pouvoir nigérien n’hésite d’ailleurs pas à accuser les Touaregs de s’être alliés à Al-Qaida, et ce afin de bénéficier du soutien de Washington. Ce sont d’ailleurs les écoutes téléphoniques des chefs rebelles, fournies par les services américains sur place aux autorités locales qui auraient permis l’arrestation de deux journalistes Thomas Dandois et Pierre Creisson, par les militaires nigériens. Accusés « d’atteinte à la sûreté de l’état » pour avoir rencontré des rebelles touaregs, passibles de la peine de mort, ils ont été libérés après un mois de détention. Quelques mois plus tard, une autre équipe réussissait à gagner le Nord du Niger. Reportage au cœur de la rébellion.
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